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Votre expérience, CR et votre vécu à Antibes...




Cédric MALECOT
- Doss 115 - 6 jours 2011



Samedi 4 juin

J’arrive à Antibes en début de soirée, le temps est assez lourd et le petit kilomètre qui sépare la gare SNCF et le Fort Carré va très vite se transformer en transpiration sous le t-shirt ! Tout est quasiment déjà prêt sur place, les dernières installations sont en cours de finition et il y a déjà de nombreux camping-cars et tentes sur l’allée du Poilu. Je débute mon installation et déploie ma Queschua 2″ pile poil sur un bon gros nid de fourmis… Epic fail dès le début ! Je me déplace donc près de la ligne de départ et on me dit « ah c’est pas possible m’sieur, c’est réservé ici ! ». Re-re-déménagement de tente et je me pose finalement vers la fin de l’allée sus-nommée précédemment ! OUF !
Petit retour dans la ville d’Antibes, je me pose dans une pizzeria et retourne au fort pour organiser vêtements et chaussures pour le lendemain. Il pleut déjà un peu et la météo s’annonce pas terrible pour dimanche… départ sous la pluie , ça me dit pas trop mais on ne peut pas aller contre les éléments.
Je m’endors sur mon joli tapis de 2cm d’épaisseur, une erreur que je ne commettrai pas l’année prochaine !

Dimanche 5 juin – début du J1

Le réveil est douloureux… mal dormi, trop excité et surtout ce fichu tapis dont l’épaisseur ne peut supporter mes 70kg tout mouillé. Le temps est, disons le franchement, merdique. Gris et pluvieux. Ca donne pas envie de sortir de la tente, et d’ailleurs je vais y passer un looooong moment qui va franchement me saper le moral. Il ne reste qu’une grosse demi heure avant la course et la pluie tombe encore énormément. Tout le parcours est détrempé et l’allée du Poilu serait parfaite pour faire du ski nautique ! Je repense à ce que m’a envoyé Olivier Chaigne (vainqueur en 2010 à Antibes) : « tu verra, à Antibes c’est le soleil ton ennemi ». Bizarrement, la pluie n’a pas l’air super amicale
Yohan, alias Lexel, a la gentillesse de venir me voir avant le départ pour m’encourager un peu. Ca fait plaisir et en plus, mettre un visage sur un blog c’est encore mieux !
Le départ est tout de même donné à 16h00, la pluie ayant gentiment cessée. Ma « stratégie » est simple : 2 heures de course, 1 heure de marche. Le tout répété jusqu’à minuit avec un break pour manger. L’idée est de faire du 8km/h de moyenne, et pendant la marche y aller super mollo mollo pour pouvoir me reposer, manger, me changer si besoin etc… En gros, la séquence doit m’amener à 17 ou 18km maximum (2H+1H).
Et c’est là où ça se gâte dès le début. Au bout de 5 heures, j’en suis déjà à quasiment 40km ce qui est beaucoup trop (j’ai presque 7km d’avance sur ce que je dois faire). Alors on peut se dire que c’est pas grand chose mais partir trop vite n’est jamais la bonne option.
Je ralentis donc un peu, prends mon temps pour manger, boire etc… on a eu le droit à quelques gouttes de pluie mais rien de bien méchant. J’atteins ma « barrière horaire » et il est temps de faire dodo !

Lundi 6 juin – fin du J1 / début du J2

Alors pour bien comprendre ce « fin du…/début du… », il faut intégrer le fait que le départ de la course s’est déroulé à 16h00. Et donc il faut gérer ce décalage car dans la même journée, on fini le matin avec le jour précédent et on démarre dans l’après-midi le jour même. Oui je sais, c’est pas très clair tout ça !
Reprenons. Les yeux s’ouvrent douloureusement à 5h et des poussières. Les poussières sont super importantes, vu qu’elles vont se cumuler durant toute la durée de la course… ça fait de la grosse poussière de combat en J6 ! Donc wake up, mal dormi bien sûr et retour sur la piste pour faire un maximum de km avant 13 heures, heure de ma coupure avant l’enchaînement du jour suivant (qui démarre à 16h00, nan mais suivez un peu siouplé !!!!).
J’ai du mal, vu le peu de temps que j’ai dormi, à me remettre en jambes sur la piste. Le temps est assez gris, frais, le petit déjeuner à 7h va faire le plus grand bien ! Mais les kilomètres ne se cumulent pas, j’ai pas de mal à courir mais l’entrain n’y est pas… Au bout de 3 heures course/marche je n’ai fait que 20 petits kilomètres. Et dire que je voulais en faire 100 pour la première journée, ça se complique de minute en minute…
La fatigue se fait vraiment ressentir ce matin là. Je passe devant ma tente qui me tend les bras mais je préfère rester encore sur le champ de bataille. La fin du J1 approche et je n’ai pas franchement été brillant…
Le J2 débute avec le moral pas au top. Heureusement, les beau-parents de Carmel passent me voir pour m’apporter le t-shirt que je vais avec l’honneur de porter pour Enzo, la petite étoile de la famille MalinMaligne. Je prends le temps de parler avec eux, car c’est très important pour moi de partager ce moment où je récupère ce t-shirt.
Je continue à alterner course/marche tranquillement. Le temps est déjà plus clément, bien qu’un poil lourd. On se demande si ça ne va pas retomber une fois de plus mais coup de chance, on aura rien de rien cette journée là.
J’en profite pour discuter un peu avec du monde et en particulier Marie Jeanne Simon, une femme adorable qui a un nombre impressionnant de course « extra large » à son actif ! On parle et on ne voit pas les kilomètres passés et pour être honnête, ça fait un bien fou. Et grâce à elle, je passe la barre des 100km avant le dîner
C’est la première fois que je coure autant ! Suis tout fou et tout content ! Et le repas va me faire le plus grand bien ! Il me fait tellement de bien que je m’écroule et que je dors jusqu’à quasiment minuit. Et puis je me recouche pour la peine, et tant pis pour le kilométrage du J2, je suis vraiment trop crevé !

Mardi 7 juin – fin du J2 / début du J3

La pluie.
Et pas la petite pluie… les grosses gouttes qui tâchent… et qui sont chiantes au possible ! Et malgré tout, il faut courir, marcher, courir, marcher, manger, courir, manger, manger, marcher, courir etc… J’essaye de garder un rythme potable et de finir avec un kilométrage pas trop merdique pour ce J2. Et vu que je me suis tapé 0km la nuit dernière, il faut absolument que je me rattrape un peu !
Alors comme vous pouvez le voir, je me suis tout de même débrouillé pour faire quelques kilomètres avant le petit coup de chaleur qui fait mal ! La fin du J2 s’annonce et le début du J3 m’inquiète un petit peu j’avoue. La fatigue s’est installé et j’ai peur que le physique ne lâche très rapidement. Je commence à avoir une petite douleur sur l’extérieur de la cheville gauche, pas très fort mais suffisamment pour que j’y pense un peu trop…
Et ce qui devait arriver arrive, je me tape de nouveau un break après dîner. Je suis trop fatigué, j’ai trop cumulé et le dodo m’attire bien plus que la piste ! Je pars me reposer un peu, je me relève et je repars… les kilomètres s’additionnent mais lentement, très lentement. Le tour de piste est long, désespérément long et je n’y arrive pas. Il est temps de retourner se reposer…

Conclusion de cette première partie :

2 jours et demi et 180km. Je sais que je suis parti pour faire moins de 500km (objectif initial), mais cela n’a aucune importance à ce moment là. Tout ce que je veux, c’est finir ! Que le corps tienne jusqu’au bout et je sais que je vais vraiment en chier… Et le plus dur reste à faire…

To be continued !.....

Et voici la suite et la fin (ouf !) de mon CR sur les 6 jours d’Antibes. Désolé pour le délai entre les deux parties mais j’ai encore la tête là-bas et le moral qui n’est pas au beau fixe. Quand au physique, une semaine après je peux dire que c’est presque bon. Il reste encore quelques tendinites par-ci par-là à soigner mais rien de méchant, et j’ai déjà très envie de courir ce qui est plutôt bon signe !
Allez hop, on retourne dans le sud de la France !

Mercredi 8 juin – fin du J3 / début du J4


Et c’est reparti, le jour se pointe et moi je me lève pour faire quelques kilomètres avant de prendre le petit déjeuner salutaire ! D’ailleurs ce petit déj’, quel bonheur ! Le café chaud, le pain et la confiture, le petit jus d’orange… simple mais tellement bon !
Puis c’est reparti, alternance course/marche (1h/1h). Je ne m’ennuie pas trop car je discute pas mal avec tout le monde. C’est la fin du J3 et on sait que le J4 est le plus difficile alors chacun se motive et motive les autres. Il faut que je fasse un maximum de kilomètres avant le passage vers le J4, je sais que les 450km au final s’éloigne et que la barre des 400km semble la plus jouable pour cette année.
L’après-midi arrive et le début du J4 aussi ! Une tripotée d’enfants débarque pour la journée consacrée à au recyclage et aux gestes écologiques. Ça fait du bien de voir tout ces gamins, les miens me manquent terriblement… on discute un peu avec eux, on fait le tour complet du stade c’est sympa. Et puis on me demande de prendre un petit groupe carrément (heureusement avec 2 accompagnatrices !). Des p’tits loulous et louloutes de 4 ans, c’est vraiment super mignon ! Et ils font tout le tour complet sans broncher ! Des futurs coureurs d’ultra ? Peut être qui sait.
Je fais un petit break, il fait une chaleur étouffante et on a un orage qui nous tourne autour depuis 2 bonnes heures… tombera tombera pas ? Les pronostics vont bon train. Le 72 heures ne va pas tarder à démarrer et pour fêter l’évènement… Une sauce terrible nous tombe dessus ! Alors bien sûr, j’étais au beau milieu d’un tour donc je me retrouve trempé des pieds à la tête et pas qu’un peu ! Alors il faut attendre que ça cesse, rejoindre la tente et se changer en urgence car garder les pieds trempés avec les ampoules que j’ai… c’est pas top du tout du tout !
Le début du J4 se termine doucement. Il faut dire que j’ai mal absolument partout : genou droit, cheville gauche, tendons des deux côtés, ampoules. Je serre les poings ce qui d’ailleurs me vaudra une remarque d’un des marcheurs, Thierry (qui a tout à fait raison) : « relaxes, détends les épaules, les bras ! ». Je me rappelle aussi les mots d’Alain Grassi (lui aussi marcheur) : « les doigts en demi lune, et les pouces légèrement courbés ! ». Deux bonnes réflexions qui me permettent de me remettre dans la course, en y pensant régulièrement j’oublie que j’ai mal autre part…
Je ne ferai hélas pas 240km avant de dormir, je fais mon break après 237km. Alors ok, 3km c’est pas grand chose mais vu mon état, c’est le bout du monde ! Le sommeil vient tout seul, il faut que le corps se repose pour repartir correctement demain matin… L’objectif de 400km en 6 jours est encore possible si le corps tient, si le moral tient. Si peu de paramètres et pourtant beaucoup d’incertitude.

Jeudi 9 juin – fin du J4 / début du J5

Le réveil est comme d’habitude difficile. La nuit a été courte, je suis obligé de dormir sur le dos car dès que je me mets sur le côté, j’ai l’impression que l’on me scie les hanches de l’intérieur. Les jambes sont lourdes, les pieds endoloris… et le moral plutôt en chute libre.
Le petit déj’ salvateur me permet d’enchaîner un peu de course à pied. Mais j’ai du mal à me remettre dans le bain. Il faut pourtant que j’avance et que je monte au minimum à 260km avant la fin du J4. Ce p****n de J4 qui me déchire les jambes, les genoux, les tendons et le moral. Je n’avance pas, je suis fatigué et autour de moi (ce  qui me rassure un peu), c’est difficile pour tout le monde. Chacun est dans sa bulle. On discute moins, les traits sont tirés, les jambes moins souples, et pourtant… il faut avancer.
Je crois que j’atteins les 260km avant le début du J5. Pour être honnête, je regarde même plus le tableau d’affichage. J’avance, comme je peux, mais j’avance. C’est terrible car je sais que le début du J5 va être franchement dur. Le temps est plutôt au beau fixe, la chaleur est montée d’un cran. Et ça ne me facilite pas la vie !
Alors le « bienvenue en enfer » est vraiment vraiment ce que je ressens à ce moment là. Je n’avance plus d’un poil, ça tire tellement que mes jambes disent tout simplement « non ». Non, tu n’avancera pas. Non, on  veut se reposer. Non, non, non et non !

Mais je lâche rien de rien. J’avance et je me mets ce qu’il faut dans les oreilles pour y parvenir. Oh non, pas un truc super rythmé genre Fat Boy Slim, plutôt des morceaux qui vont faire monter l’émotion, mon moteur principal pour dépasser la douleur physique et moral. Plutôt que des trucs joyeux, je me plombe encore plus histoire de remonter plus fort et plus longtemps ! C’est très bête mais ça marche à chaque fois. Je laisse monter l’émotion, et ça repart. Pas forcément à plein régime mais ça repart.
La barre des 300km tombe juste avant de faire dodo… le moral repart de nouveau vers le haut

Vendredi 10 juin – fin du J5 / début du J6


Le réveil, contrairement aux autres jours, se fait avec l’envie d’en découdre avec la piste. Alors physiquement c’est loin d’être l’extase – à part le bras droit et le dos, tout le reste est parti en vrille – mais il me reste encore 100km à faire pour atteindre mon objectif. Et malgré les douleurs, je veux le faire, y retourner et claquer cette barre !
Ce J5 se termine sous une chaleur terrible. Il ne me reste plus beaucoup à faire mais je ne lâche rien…
Voilà, il me manque 68km et la barre des 400km serait passé. Je me dis qu’il faut faire ça « vite » et bien donc je demande à mon corps de supporter encore un peu et promis, à 400km je le laisse tranquille. Je me lance donc pour objectif de faire mes 400km dans la nuit, en marchant/trottinant comme je peux pour cette dernière soirée. Maintenant je compte les tours qu’il me reste à faire…
Je tourne, et même si le corps n’en peut plus vers 22h00, je continue…
Il me reste 24 tours à faire et tout va plutôt bien. Et là… c’est le drame.
Je regarde mon nombre de tours faits et il ne bouge pas. Visiblement il y a deux tours qui ne sont pas comptés. Je vais voir la personne en charge de la technique et il me dit que tant que ça a bipé c’est que c’est compté. Et que le tableau d’affichage n’est qu’un « bonus », rien de plus… ouais enfin moi cet affichage c’est ma vie depuis 6 jours !
Pour plus de sécurité, je fais 2 tours de plus mais l’envie n’y est plus… le moral est en chute libre, l’énergie n’est plus là, il faut que je fasse un break.
Un break qui va finalement duré bien plus que 2 heures. Le corps me dit clairement qu’il faut dormir pour achever les 24 tours manquants au réveil….

Samedi 11 juin – fin des 6 jours


« Il faut que je me lève. »
« Il faut que je me lève.. »
« Il faut que je me lève… »


J’ai un mal de chien à me lever pour cette dernière demi-journée à Antibes. Un mélange de sentiments divergents m’envahit. Ca se termine ouf… et ça se termine hélas. Enfin c’est pas encore fini ! Il me reste 24 tours à faire et j’aurai passé la barre fatidique des 400km.
Je repars, en marchant (non je peux même plus trottiner). Il faut que je finisse avant que de m’écrouler sur le bord de la piste. Je marche, je me traîne… Comme les jours précédents, l’émotion revient. Je pense une fois de plus à Stéphane, à ma femme, mes enfants, ma famille, mon beau-père, à Carmel et Enzo… Les larmes coulent. Une fois de plus mais celles-ci me brûlent le visage. Je suis à sec niveau énergie, et il n’y a que ça qui me porte encore. Il n’y a qu’eux, il n’y a que vous par vos messages qui me donnez encore ce qu’il faut pour avancer…
Il est un peu plus de 11h lorsque le tableau m’affiche ça : 399km
J’attends alors la mise à jour… qui dure … qui dure….

Et finalement…
400km, voilà c’est fait… le corps me dit « stop » et je vais me reposer dans la tente commune. Je m’écroule, content d’avoir fait ce qu’il fallait pour atteindre ce chiffre. Le cerveau déconnecte et je dors. Je dors jusqu’à ce que le corps m’autorise à me lever et faire les deux derniers tours de ces 6 jours d’Antibes…
Voilà c’est terminé. La joie et la tristesse d’en finir. Mais le sentiment qui prévaut sur tout les autres, c’est l’incroyable plaisir d’avoir participé à quelque chose d’énorme, de géant, d’immense !


 
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